MON CORPS, PREMIER TERRITOIRE DE MA CRÉATION
Par Haïfa Melliti – Artiste peintre & pianiste intuitive
Avant d’être un geste, une couleur ou une note, ma création commence dans mon corps. C’est lui qui ressent, qui capte et qui traduit. C’est lui qui ouvre le passage entre l’intérieur et l’extérieur, entre l’invisible et le visible, entre ce que je ressens et ce que je donne à voir.
Je ne crée pas seulement avec mes mains. Je crée avec tout mon être.
Avant chaque Déesse, il y a un rituel
Avant de commencer la création d’une Déesse, j’aime entrer dans son univers.
Je prends le temps de me préparer, de choisir ma tenue, de soigner ma coiffure et ma présence. Très souvent, je porte mon chapeau : ma Chechia , devenu une signature de mes instants de création. Je recherche une certaine élégance, une harmonie entre celle que je vais peindre et la femme que je suis au moment de la faire naître.
Je m’habille comme si j’allais à sa rencontre. Ce n’est pas une mise en scène. C’est une manière de me disposer intérieurement à créer. Avant qu’elle ne soit belle sur la toile, j’ai besoin de ressentir sa beauté, son allure, sa grâce et sa présence à travers moi.
Parfois, j’ai même l’impression de devenir, pendant quelques instants, la Déesse que je m’apprête à peindre. La création commence donc bien avant le premier coup de pinceau. Elle commence dans cette préparation intime où mon corps, mon vêtement, mon chapeau, mon attitude et mon état intérieur entrent déjà dans l’œuvre.
Le corps comme premier espace de perception
Chaque œuvre naît d’une sensation : une vibration, une chaleur, un frisson, parfois une émotion que je ne sais pas encore nommer. Mon corps est souvent le premier à savoir ce qui doit apparaître.
Quand je peins, je ressens les couleurs avant même de les déposer sur la toile. Quand je joue du piano, je ressens les notes dans mes doigts, mes bras, ma respiration. Mon corps devient alors un capteur de nuances, un langage silencieux entre mon monde intérieur et l’œuvre qui cherche à naître.
Créer, c’est entrer dans un état de présence totale
Lorsque je commence une œuvre, quelque chose change en moi. Ma respiration se ralentit. Mes gestes deviennent plus fluides. Le monde extérieur s’éloigne progressivement et un autre espace s’ouvre. Je ne cherche plus à réfléchir.
Je ressens.
J’écoute.
Je laisse venir.
C’est dans cet état que mes Déesses apparaissent. Je ne cherche pas à tout contrôler. Je leur laisse une place pour exister au-delà de ce que j’avais imaginé.
Le geste comme langage
Dans ma peinture, le geste est aussi important que la couleur. La manière dont mon bras se lève, dont ma main glisse sur la toile, dont mon corps s’approche ou s’éloigne influence naturellement la forme qui apparaît. Chaque mouvement devient une phrase. Chaque couleur, une émotion. Chaque trace, une présence. Je ne cherche pas toujours à maîtriser le geste. Je lui permets de parler.
La musique : un dialogue entre mon corps et l’invisible
Au piano, cette relation devient encore plus instinctive. Mes doigts improvisent. Ils empruntent des chemins que je ne connais pas à l’avance. Je ne sais pas nécessairement quelle sera la prochaine note : je l’écoute arriver. La musique me traverse physiquement. Elle m’apaise, m’ouvre et prépare souvent mon corps à la peinture.
Une mélodie peut faire naître un mouvement. Un mouvement peut appeler une couleur. Une couleur peut révéler une Déesse.
Tout est lié. Tout circule.
C’est pour cela que ma peinture et mon piano ne sont pas deux pratiques séparées. Ils appartiennent au même langage.
Le corps comme mémoire vivante
Mon art est également nourri par ce que mon corps a traversé : les joies, les silences, les voyages, les rencontres mais aussi les instants de grâce. Il conserve des mémoires que la peinture transforme et que la musique libère. Créer est pour moi une manière de transformer ces traces en lumière, sans nécessairement les expliquer. Je préfère les offrir.
L’élégance comme prolongement de mon univers
Prendre soin de ma présentation lorsque je crée fait donc partie de ma démarche. L’élégance n’est pas, pour moi, quelque chose de superficiel. Elle est une façon d’honorer le moment de création.
Lorsque je mets ma chéchia, que je choisis une tenue en harmonie avec l’univers de ma future Déesse et que je me prépare avant de rejoindre la toile, je marque symboliquement le passage entre la vie quotidienne et mon espace artistique.
Je ne vais pas simplement peindre une Déesse.
Je me prépare à la rencontrer.
Et lorsqu’elle apparaît enfin sur la toile, une partie de ce rituel, de cette présence et de cette élégance demeure silencieusement en elle.
Ce que je souhaite transmettre
À travers mes œuvres, je souhaite rappeler que la création peut engager l’être tout entier.Le corps, le vêtement, le geste, la couleur, la musique, le silence et l’émotion deviennent les différentes expressions d’un même langage. Mes Déesses naissent ainsi d’un dialogue entre ce que je vois et ce que je ressens, entre mon corps et mon imaginaire, entre la femme que je suis et celles que je fais apparaître sur mes toiles.
Avant de peindre mes Déesses, je les ressens.
Avant de leur donner une apparence, j’entre dans leur élégance.
Et avant qu’elles ne prennent vie sur la toile, je les laisse, un instant, vivre à travers moi.
Je remercie Dieu, source de ma lumière et de mon inspiration, de déposer en mon âme chaque couleur, chaque mélodie et chaque Déesse qui prend vie sous mes mains
Haïfa Melliti
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